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La règle d’or monétaire de Friedman : quel impact sur l’économie aujourd’hui ?

Économiste universitaire devant un tableau couvert d'équations monétaires illustrant la règle de Friedman

La règle d’or monétaire de Friedman revient régulièrement dans les analyses de politique monétaire, alors que les banques centrales ajustent leurs taux directeurs face à des pressions inflationnistes persistantes. Derrière cette expression se cachent en réalité deux propositions distinctes, souvent confondues, qui n’ont pas les mêmes implications pour l’économie contemporaine. Mesurer l’écart entre ces prescriptions théoriques et les pratiques actuelles des institutions monétaires permet d’évaluer ce qui reste opérant dans l’héritage de Milton Friedman.

Friedman rule et k-percent rule : deux propositions à ne pas confondre

Le terme « règle d’or de Friedman » désigne couramment deux concepts différents. La Friedman rule au sens strict recommande un taux d’intérêt nominal proche de zéro, afin de réduire le coût d’opportunité de la détention de monnaie. L’idée est que si détenir de la monnaie ne coûte rien, les agents économiques en utilisent la quantité adaptée.

La seconde proposition, la k-percent rule, prescrit une croissance constante de la masse monétaire à un taux fixe, indépendamment de la conjoncture. Friedman estimait qu’un pilotage mécanique de l’offre de monnaie éviterait les erreurs discrétionnaires des banquiers centraux, qu’il jugeait plus déstabilisantes que les chocs eux-mêmes.

Une analyse approfondie de ces deux propositions est disponible sur le site Via Le Web, qui détaille leurs fondements théoriques et leurs implications respectives.

Critère Friedman rule (taux nominal à zéro) K-percent rule (croissance monétaire fixe)
Variable cible Taux d’intérêt nominal Masse monétaire (agrégat M2 ou M3)
Objectif principal Minimiser le coût de détention de la monnaie Stabiliser les anticipations d’inflation
Rôle du banquier central Maintenir un taux plancher Appliquer une règle mécanique, sans discrétion
Rapport à la conjoncture Indifférent au cycle économique Indifférent au cycle économique
Application contemporaine Aucune banque centrale ne l’applique en tant que telle Abandonnée par la plupart des banques centrales depuis les années 1980

Analyste financière examinant des graphiques économiques dans une salle de réunion de banque centrale

Politique monétaire actuelle : pourquoi les banques centrales ont abandonné le pilotage monétaire fixe

La Réserve fédérale américaine définit sa mission autour de deux mandats : le plein emploi et la stabilité des prix. Son action repose sur le maniement des taux directeurs et sur des objectifs d’inflation, pas sur le contrôle direct de la quantité de monnaie en circulation. La Banque centrale européenne fonctionne selon une logique comparable, avec une cible d’inflation proche de deux pour cent à moyen terme.

L’abandon du pilotage monétaire fixe s’explique par un constat empirique. La relation entre masse monétaire et niveau des prix, que Friedman considérait comme stable et prévisible, s’est révélée beaucoup plus volatile à partir des années 1980. La financiarisation de l’économie, la multiplication des instruments financiers et la mondialisation des flux de capitaux ont rendu les agrégats monétaires difficiles à interpréter.

Un article de l’Epicenter Network relève que la BCE elle-même a tiré des leçons de la période pandémique, constatant que l’expansion massive de la masse monétaire n’a pas produit les effets inflationnistes immédiats que la théorie quantitative aurait prédits, avant qu’une inflation différée ne se manifeste avec un décalage temporel inhabituel.

Le paradoxe des taux bas prolongés

Les taux directeurs maintenus à des niveaux très bas pendant plus d’une décennie dans les pays développés constituent un cas intéressant. Cette situation se rapprochait superficiellement de la Friedman rule (taux nominal proche de zéro), mais pour des raisons totalement différentes : il s’agissait de stimuler la demande, pas d’optimiser la détention de monnaie.

Les effets observés (bulles d’actifs, compression des marges bancaires, recherche de rendement sur des actifs risqués) illustrent que rapprocher le taux nominal de zéro sans les conditions théoriques de Friedman produit des distorsions que le modèle original n’anticipait pas.

Règle monétaire de Friedman et pays émergents : un terrain d’application différent

Dans les pays émergents, la question de la discipline monétaire se pose en des termes qui redonnent une certaine pertinence aux intuitions de Friedman. Plusieurs économies confrontées à une inflation chronique ont cherché des ancres nominales crédibles pour stabiliser leurs prix.

  • Les pays à inflation élevée souffrent souvent d’un excès de discrétion monétaire, exactement le problème que Friedman voulait résoudre par une règle automatique
  • La dollarisation partielle de certaines économies émergentes reflète une défiance envers la monnaie locale, ce qui rejoint l’analyse friedmanienne du coût de la mauvaise gestion monétaire
  • Les banques centrales de ces pays adoptent parfois des cibles d’agrégats monétaires en complément du ciblage d’inflation, une forme hybride qui emprunte partiellement à la k-percent rule

La conjoncture des pays émergents montre que le cadre friedmanien garde une utilité diagnostique même quand sa prescription mécanique est inapplicable telle quelle. Identifier l’origine monétaire d’une instabilité reste un exercice pertinent, même si le remède proposé par Friedman (une règle fixe) paraît trop rigide face à la complexité des chocs auxquels ces économies font face.

Piéton observant les taux de change affichés devant un bureau de change en ville, symbolisant la politique monétaire de Friedman

Milton Friedman et la politique monétaire contemporaine : ce qui reste opérant

L’héritage de Friedman ne se mesure pas à l’application littérale de ses règles, mais à la transformation du cadre intellectuel dans lequel les banques centrales opèrent. Plusieurs principes issus de ses travaux structurent encore le débat.

  • L’idée que l’inflation est toujours un phénomène monétaire à long terme reste une référence analytique, même si la transmission à court terme s’avère plus complexe que prévu
  • La méfiance envers la discrétion pure des banquiers centraux a conduit à l’adoption généralisée de règles (ciblage d’inflation, forward guidance), qui sont des compromis entre la rigidité friedmanienne et la flexibilité totale
  • Le principe de transparence et de communication des banques centrales découle directement de l’importance que Friedman accordait aux anticipations des agents économiques

Les recherches récentes sur la politique monétaire, notamment celles publiées par Fair Observer, soulignent que le débat entre règles et discrétion, que Friedman a structuré, reste le cadre analytique dominant pour évaluer les décisions des banques centrales.

La règle d’or monétaire de Friedman n’est appliquée par aucune grande banque centrale sous sa forme originale. Son apport principal réside dans les garde-fous intellectuels qu’elle a imposés : toute politique monétaire doit aujourd’hui justifier ses écarts par rapport à une règle, et non l’inverse. Ce renversement de la charge de la preuve constitue probablement la trace la plus durable de Milton Friedman dans la conduite économique actuelle.

La règle d’or monétaire de Friedman : quel impact sur l’économie aujourd’hui ?